B/D

b/d = Bondage et discipline

À prime abord la succession des quatre premiers articles du menu n’a pas été choisie au hasard, tout comme ceux qui vont suivre. Nous ouvrons maintenant une nouvelle porte qui va nous permettre d’aborder le BDSM de plein pied. Bien que pourvue de quatre lettres, cet acronyme est généralement divisé en trois parties.

Le sigle BDSM est une abréviation de « Bondage, Discipline, Sado-Masochisme », mais plusieurs y voient d’autres mots :

B – Bondage

D – Discipline, Douleur, Domination

S – Sadisme, Spanking, Soumission

M – Masochisme

Dans un soucis de cohérence nous allons présenter le BDSM en ses trois principales parties et débuter par le Bondage et la discipline. Mais avant d’aller plus loin nous allons étudier quatre facultés du cerveau pour tenter d’établir un pont entre le BDSM et le détrauma psychique. Nous poursuivrons ensuite avec les bases du bondage.

la GENÈSE d’un trauma psychologique

Cette entrée en matière se fera sur les traumatismes, principalement parce qu’il est très facile de s’en défaire lorsque nous connaissons le fonctionnement de la partie impliquée du cerveau. Cela nous apportera un éclairage très net sur les fantasmes et la sublimation qui leur est imputable.

Le fétichisme pratiqué sous forme de loisir nous aide vraiment à grandir. L’idée ici est de voir comment puiser dans l’énergie de nos fantasmes, dans cette force de l’inconscient, pour s’épanouir au lieu d’être une éternelle victime du passé.

Mais avant de spéculer sur l’utilité des fantasmes, regardons comment un traumatisme sexuel ou psychologique se forme dans notre esprit, comment il s’entretient, et comment il se défait. S’il te vient un exemple prends-en note, que ce soit une insulte qui t’a traumatisé pendant quelques semaines ou une agression dont tu en portes encore des séquelles. En comprenant le mécanisme qui suit, il te sera facile de travailler sur les déclencheurs pour les réarranger de manière à multiplier les occasions de bonheur.

Le plus simple pour se défaire d’un traumatisme est de reconnaître que deux sortes de mémoires sont impliquées: il s’agit de la mémoire factuelle et la mémoire psychologique.

La mémoire factuelle est la seule qui n’oublie jamais. Mais comme elle n’enregistre que les faits, ce n’est pas dans cette mémoire que résident les blessures.

La mémoire psychologique n’enregistre que les réactions psychologiques. Cette mémoire est malléable, car les réactions psychologiques évoluent avec le temps.

Or, la mémoire étant une faculté qui oublie, les deux peuvent être trompées grâce notamment à la visualisation dans de nouvelles perspectives.

En résumé, au moment de l’agression, la mémoire factuelle enregistre les faits. Ce n’est qu’une fois hors de danger que les réflexions psychologiques vont commencer à alimenter la mémoire qui lui est destinée. Tant que ces réflexions se poursuivent dans la négativité, dans la victimisation, le traumatisme est entretenu. Pour s’en défaire, il faut visualiser une scène similaire, y changer quelques petits détails, et là on commence à y greffer des émotions positives. On remplace l’abuseur par une connaissance du même âge, ou par un abuseur imaginaire taillé sur mesure. On s’imagine y jouer le rôle d’une fille enjouée et incassable, que rien ne peut briser. Ou encore, on remplace l’abuseur par un animal imaginaire qui nous veut du mal et on tente de l’amadouer par la rêverie et s’en faire un ami. Progressivement on transpose cet animal sur l’agresseur, on médite sur la maladie mentale qui affligeait l’agresseur au moment des faits. En méditant sur le fait que la maladie se guérit, une dédramatisation se construit peu à peu. Et avec la négativité qui diminue, on en arrive à pardonner plutôt que garder une rancœur pour le reste de la vie.

En cas d’incapacité à pardonner, une question s’impose: « suis-je moi-même violente? » L’agression n’est-elle qu’un prétexte pour que ma violence puisse éventuellement s’exprimer? Ces souvenirs sont-ils ressassés par ma mémoire psychologique dans le but d’entretenir une violence sournoise dont je ne suis jamais parvenu à me débarrasser? Et si c’était moi la violente et qui avait attiré cet événement par mes pensées de l’époque? Tant qu’on ne résous pas ce problème interne de violence, ce sera toujours difficile d’aimer.

pied de nez au stress de la vie

Il y a d’autres facteurs à examiner. Lors d’une situation à haute intensité de stress, deux autres parties du cerveau entrent en action de façon complémentaire. Il s’agit des systèmes nerveux orthosympathique (aussi appelé sympathique) et parasympathique.

L’orthosympathique: dans une situation de stress c’est lui qui prépare le corps à la fuite ou la lutte en dilatant les bronches et les pupilles, et en accélérant l’activité cardiaque et respiratoire.

Le parasympathique: lorsque la situation de stress n’offre aucune possibilité de lutte ou de fuite, il fait exactement le contraire en contractant les bronches et les pupilles, et en ralentissant les pulsations cardiaques et la respiration. Lorsque le parasympathique entre en action, c’est pour favoriser la conservation de l’énergie. Celle-ci est mise en réserve pour pouvoir être libérée dès que survient une occasion de fuite ou de lutte.

Les systèmes orthosympathique et parasympathique sont très impliqués dans un bon nombre de scènes BDSM. On préfère alors l’action du parasympathique qui nous force à la détente et à avoir confiance en notre partenaire. Ce qui a pour effet de programmer des réactions psychologiques différentes de la réalité, lorsque par exemple il s’agit d’agressions simulées dans une mise en scène ludique. Tout cela concours à défaire nos traumatismes un à un, et à nous reconnecter sur notre soi profond. C’est pourquoi le consentement est d’une extrême importance dans ces activités à haute teneur émotionnelle. Ce n’est pas juste une question de droit, c’est aussi une question de ne pas infliger de nouvelles blessures ou d’en réveiller des anciennes qui avaient mis du temps à guérir.

La fille incassable, que rien ne peut briser, prendra toutes les claques, satisfera tous les fantasmes de son Dominant, sans jamais perdre sa candeur. Statistiquement les soumises kinky sont dotées d’une force volitive supérieure à la normale.

Le bondage

Le bondage est peut-être le pire ennemi de la culpabilité. Car si la culpabilité peut nous inciter à combattre une idée perverse, lorsque nous sommes attachés nous autorisons facilement cette perversité au prétexte que nous n’avons pas le choix, que nous avons transféré le choix à notre partenaire, et c’est le parasympathique qui fera le reste.

Il est facile de comprendre que lors d’un truc kinky non-conformiste, si nous ne sommes pas attachée nous devons y collaborer en se laissant faire, en lui facilitant la tâche. Ça revient à y prendre part, et ça implique notre responsabilité. Mais quand on est ligoté c’est une autre histoire.

Le bondage ne se limite pas aux cordes, aux bracelets rembourrés, aux menottes d’acier. Le bondage peut aussi être le jeu de la volonté, d’une volonté persistante à n’opposer aucune résistance, aucune lutte échappatoire, à annuler tout désir de fuite. Ainsi la chimie du cerveau peut être mise au pas par la conscience et la volonté. Ainsi la conscience, par le pouvoir de la volonté, force le système nerveux à se brancher sur le parasympathique, pour tout encaisser dans le calme et le lâcher-prise. Dans le monde vanille, le même phénomène est mis en action, par exemple lors d’une entrevue où l’on se force à évacuer le stress pour être à notre meilleur. Il en va de même lorsqu’en pleine lecture de ces textes tu as pris le temps d’instauré en toi le calme mental.

le bâillon

Dans le contexte privé, c’est-à-dire hors donjon, la pratique du bondage exige une confiance absolue en notre partenaire. Plusieurs rencontres sont nécessaires pour bien connaître un nouveau partenaire. Mais une fois ligotée, une soumise peut encore demander d’arrêter le jeu. Elle peut aussi alerter les voisins avec des cris de détresse. C’est pourquoi le bâillon-boule est un des instruments les plus intimidants. Parce qu’une fois bâillonnée, la soumission sera totale.

Le bondage peut être un bon moyen de s’entraîner à chasser toute angoisse, à établir une profonde connexion avec l’instant présent. Le bâillon-boule va plus loin, il pousse cet exercice à un niveau supérieur. Parce qu’une fois ligotée et bâillonnée, la soumise n’a qu’un seul refuge. Ce refuge d’où la soumise ligotée et bâillonnée ne peut s’échapper, c’est sa respiration et toute sa chimie intérieur avec les endorphines.

Il faut TOUJOURS vérifier si la soumise respire bien par le nez, s’il y a risque de blocage respiratoire, et pour combien de minutes elle sera à l’aise avec cette boule de caoutchouc entre les dents.

L’utilisation du bâillon doit toujours avoir été négociée au préalable. L’entente entre les deux partenaires devrait en limiter le temps d’utilisation et prévoir des moments de vérification. Il est important de vérifier si elle pourra respirer facilement par le nez, par exemple s’il s’agit du bâillon-boule – Gag Ball dans le jargon – puisque la respiration par la bouche ne sera pas facile.

Bien que le bâillon interdit toute communication d’urgence, il est possible d’établir un code visuel. Voici un exemple:

Tout va bien : main ouverte

On approche mes limites : poing fermé

Arrête et enlève le bâillon : main qui ouvre et ferme en alternance

Beaucoup de soumises chercheront à se surpasser et seront réticentes à arrêter le jeu de façon intempestive, sauf pour tester un nouveau partenaire. Le Top doit exercer un maximum d’empathie pour évaluer de lui-même si certaines limites approches, car nombre de soumise préféreront que le Top sache lui-même s’arrêter à temps et auront un sentiment d’échec si elles le font avant lui. Et par le fait-même, une soumise qui fait tout son possible pour ne pas arrêter le jeux le fera souvent pour tester son Top.

le masque

Si le bâillon-boule est une bonne punition à infliger à celle qui parle trop ou qui brise un vœux de silence, le masque est une bonne punition à celle qui se montre trop rébarbative aux yeux de son Dominant. Car contrairement au bâillon qui agit sur la dernière liberté de la soumise, le masque de privation sensoriel agit quant à lui directement sur le mental.

As-tu oublié de plonger dans le calme mental avant d’aborder ce paragraphe?

Bien que ce masque puisse sembler très intimidant, son bon côté est qu’il peut être un agent anti-stress imbattable. Il permet de marquer un temps d’arrêt. Et lorsque le mental est arrêté, l’âme se révèle à la conscience et on le sent se promener dans les dédales son temple qui est notre corps.

ATTENTION! Le masque illustré ici est en vente sur Wish, j’en ai un exemplaire. Mais allez-donc savoir comment on respire là-dedans.

shibari et suspension

Tout ce qui est cordage et suspension est une affaire de spécialiste, car le danger est omniprésent. Mon exposé à leur sujet ne se veut qu’une mise en garde. J’ai hésité à en dire plus parce que ce n’est pas ma spécialité.

Lorsque l’on magasine pour des cordes à ligotage il faut savoir choisir le bon diamètre pour diminuer le risque de pénétration dans la chair, il faut aussi savoir optimiser le serrage pour ne pas entraver la circulation sanguine. Il y a des médecins qui se sont impliqués dans le développement de ce « sport extrêmes » si l’on peut utiliser cette expression. Il existe une littérature abondante sur l’art du bondage, mais je ne mentionnerai rien ici afin de rester centré sur ce que je connais le mieux : les sangles, les stations de jeux et les fixations mécaniques.

La suspension est un autre extrême à ne pas prendre à la légère. Si vous n’avez pas le jugement d’un ingénieur en bâtiment, ne vous risquez pas à installer des crochets au plafond pour ensuite y suspendre quelqu’un. Dans toutes les grandes villes des pays libres il existe des clubs de bondage plus ou moins extrême, eux sauront conseiller quiconque veut se lancer dans ce genre d’expérimentations.

les sangles et les cordes

Peu importe avec quoi nous attachons quelqu’un, il faut prendre garde à ce que ce ne soit pas trop serré pour ne pas bloquer la circulation à des endroits vitaux. Une règle de base en sécurité est que dans les bracelets de cuir qu’on installe aux articulations comme les poignets, après la fermeture on devrait être capable d’y passer un doigt entre la sangle et la peau.

Les menottes de flic

La clé de mes menottes de fer se trouve toujours dans mon porte-clés, car mon porte-clés je l’ai toujours avec moi. Ça vous intéresserait-il de faire venir les pompiers à votre domicile avec leurs pinces de désincarcération alors que votre partenaire est menottée flambant nue au châssis d’acier de votre lit? Je connais un couple d’amis à qui c’est arrivé.

Le collier à serrure

Vous avez un joli collier avec une sangle qui se ferme avec un cadenas, montrant au autres membres de votre club que votre soumise d’un soir est bien vous, et que vous seuls en possédez la clé de libération. En fin de soirée vous allez la déposer chez elle et vous repartez. Une fois à l’intérieur, la pauvre fille s’aperçoit que vous avez oublié de reprendre le collier que vous lui avez prêté.

Ne riez pas, ça m’est arrivé! Et puisque cette fille était intelligente et habille de ses doigts, elle a pu dévisser le rivet qui retenait le cadenas sans abîmer le collier, pour me remettre le tout en bon état à notre rencontre suivante.

le donjon

Qui parmi celles qui portent la graine en elles, ne s’est jamais promené dans les dédales d’une quincaillerie sans avoir des idées de cochonne, s’amusant à pervertir toute sorte de trucs « grand public » pour les détourner de leur usage prévu? Qui n’a pas pensé à installer des anneaux sous la base de bois de son lit? Et qui ne s’est pas acheté un set de lit à barreaux ornementaux sans se figurer qu’avec le bon partenaire elle pourrait à tout le moins se faire menotter à cette tête de lit à l’ancienne.

Comme nous le verrons dans la section « Nightlife », les donjons publics sont très bien équipés pour les mises en scène impliquant le bondage, sur ce que nous appelons dans le jargon : les stations de jeu. Mais pour celles qui n’oseraient pas sortir de leur chambre à coucher pour aller faire ce genre de truc, il y a toujours une possibilité de détourner l’usage régulier des meubles en y dissimulant certaines pièces de quincaillerie, pour que ces meubles se transforment en station de jeux en quelques tournemains. Il existe une pièce miraculeuse à connaître, il s’agit de l’écrou de type D.

L’écrou de type D se visse dans une structure de bois, ça peut être l’arrière d’une commode, le dessous d’un lit ou sur le cadre d’une table de massage, pourvu qu’un trou du bon diamètre y soit percé. À l’intérieur de l’écrou se trouve une cavité munie de filets de vissage, et à une extrémité se trouve des parois à six côtés permettant de visser l’écrou dans le meuble. Une fois en place, cet écrou est pratiquement indétectable, notamment si on a coloré la partie visible de la même couleur que la surface du meuble. À l’intérieur de cet écrou de type D nous visseront une vis à œillet qui, à son tour, recevra un mousqueton, lui-même fixé à une chaîne dont l’autre extrémité est fixée aux bracelets porté par la soumise, bracelets munis d’une attache métallique en forme de « D ».

restrictions vestimentaires

L’art de restreindre ne se limite pas aux outils du parfait kinkster que nous venons d’énumérés. Il y a aussi certains types de vêtements « Fetish » qui peuvent être limitants. On a qu’à penser à la camisole de force des psychiatres férus de nazisme. Mais en beaucoup moins barbares que nous sommes, tout créateurs fétichistes est capable d’imaginer des moyens plus subtiles, mieux dosés, pour exercer une contrainte douce sur la soumise en formation. On a qu’à penser à la jupe bien ventilée et très courte qui peut forcer une certaine vigilance, combinée avec le goût du risque, si elle est portée sans le moindre dessous lors d’une petite commission au dépanneur au coin de la rue.

Le bodysuite de latex peut, tout en paraissant extrêmement provocateur, faire en sorte que l’on se sente nu à l’intérieur sans l’être à l’extérieur. Les formes sont montrées, mais pas la texture de la peau. Des caresses manuelles par-dessus cette peau caoutchouteuse limite la sensation de contact comme un filtre qui ne laisse passer que la pression et l’énergie. La sensualité d’une telle caresse se fait sentir autrement que si elle était prodiguée directement sur la peau.

Une petite démangeaison ?

Le bodysuite en pvc est une alternative au latex. Beaucoup moins coûteux, plus résistant aux déchirures, il s’ajuste parfaitement au corps tout en épousant mieux les plis de peau que sa sœur de caoutchouc. Le pvc te permettra de passer toute une soirée dans la peau d’une catwoman et tout enlever à la fin de la soirée sans sentir le poisson. Sa principale contrainte est que dans un public « non averti » ça risque d’attirer les regards et t’obliger par ricochet à exercer ta confiance en soi et d’assumer ta féminité avec une certaine fermeté.

Le kit tout en cuir est parfait pour les mâles dominants tout autant que les femelles alpha dominantes. Avec cette deuxième peau on se sent plus animal, et le blocage de la sensualité est tout autant ressenti par la soumise, notamment lors d’une prise de corps ou lorsqu’on la couche sur nos genoux.

exercice no 5

Une des précautions de base lors d’un échange de pouvoir est d’avoir fait une liste de que nous considérons comme acceptable ou non acceptable. C’est ce qui permet au kinkster d’exercer sa domination sans pour autant bousculer tes limites du consentement. Il est aussi question de démontrer ton intérêt en qualifiant le désir que tu portes sur un lot de fantasmes.

Le devoir no 5 sera donc un important travail sur les listes. Il te faut maintenant faire la liste des choses que tu aimerais faire sous les ordres d’un partenaire de jeux.

TABLEAU 4 – CHECK-LIST – PARTIE BONDAGE

C’est à partir de cette liste que le kinkster conçoit ses scénarios et rituels. Ainsi, si tu as indiqué un intérêt prononcé pour les attouchements génitaux dans une autre section à venir, ne soit pas démontée si en cours de séance il te prend les couilles par surprise. Ces listes vont constituer un cadre dans lequel ton consentement est effectif, par conséquent tu feras des mises à jour à la mesure de l’évolution de ta relation.

PAGE SUIVANTE

© Copyright 2019 – FETLIGHT.COM